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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 11:55
LE PRESIDENT DE L'ORDRE DES EXPERTS-COMPTABLES DE PARIS-ILE DE FRANCE : «LES PROFESSIONS QUI ONT PEUR VONT SE REPLIER SUR ELLES-MEMES ET MOURIR »

LE PRESIDENT DE L'ORDRE DES EXPERTS-COMPTABLES DE PARIS-ILE DE FRANCE : «LES PROFESSIONS QUI ONT PEUR VONT SE REPLIER SUR ELLES-MEMES ET MOURIR »

Stéphane Cohen, président de de l'ordre des experts-comptables de Paris-Ile de France vient de s'exprimer, dans « Les Affiches Parisiennes » du 20 mars, sur sa profession et les perspectives de la réforme Macron.

Extraits :

« Je veux promouvoir l'expert- comptable d'affaires ! »

Stéphane Cohen a pris récemment les fonctions de président de l'Ordre des experts-comptables de Paris-Île-de-France. Il livre les enjeux d'avenir de cette profession réglementée. À ses yeux, elle est devenue « tiers de confiance de l'économie nationale », et vit une véritable idylle avec son ministre de tutelle, Emmanuel Macron

Affiches Parisiennes : Emmanuel Macron ne cesse de louer la profession d’expert-comptable. Sans doute n’êtes-vous pas insensible à ces éloges ?

Stéphane Cohen : Oui, nous avons avec Emmanuel Macron une forte proximité. Nous partageons beaucoup de ses préoccupations comme le développement numérique de l’économie. C’est aussi le cas pour nos cabinets afin de faire émerger l’expert-Comptable 3.0. 

Lors de notre dernier congrès à Lyon, Emmanuel Macron s’est clairement positionné comme un partenaire. Il a découvert une profession, dont il est le ministre de tutelle, ‘‘engagée dans l’économie et réformatrice’’, comme il le dit lui-même. Il a compris que nous faisons un travail de proximité indispensable à l’économie ; un travail qui s’insère dans un cadre réglementaire fort, avec une déontologie et une éthique importantes, qui permet de redonner aux entrepreneurs français cette ‘‘confiance’’ qui est le maître mot de l’économie. 

A.-P. : Quelle est cette longueur d’onde sur laquelle vous semblez vibrer à l’unisson ?

S. C. : Emmanuel Macron apprécie notre action volontariste en termes de réformes, sans contraintes particulières, comme l’ouverture du capital de nos cabinets, ou encore en prenant les devants pour demander, dès octobre 2010, l’adaptation de notre ordonnance de 1945. Il constate notre volonté d’aller vers des missions de « full service », de conseils à forte valeur ajoutée… Nous avons élargi notre périmètre d’intervention pour aller vers les missions concurrentielles afin de répondre au mieux aux demandes de nos clients.

A.-P. : Cette modernisation de votre profession vous paraissait-elle impérieuse ?

S. C. : Mais c’est une réalité de marché ! Aujourd’hui, les entreprises sont globales. Quand les PME atteignent une certaine taille, elles se lancent dans l’export ou travaillent avec des clients internationaux. Nos dirigeants politiques ont raison de signaler que la croissance passe aussi par le développement international et, par voie de conséquence, une balance commerciale bénéficiaire.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus considérer que nous sommes uniquement des experts-comptables français, incapables d’échanger avec nos confrères européens ou internationaux pour comprendre leurs informations financières, leurs contraintes législatives ou fiscales.

Philippe Arraou (président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, ndlr) l’a souligné lors de son discours d’investiture, notre métier s’insère complètement dans une logique d’économie de marché et va dans le sens de l’Histoire.

A.-P. : Croissance et activité… Vous ne pouvez donc qu’être séduit par le texte de la loi Macron !

S. C. : La loi Macron est excellente, même si certains la jugent d’inspiration trop libérale. Elle colle à la réalité du marché. Quand Emmanuel Macron intègre dans son projet de loi des dispositions relatives à l’interprofessionnalité des professions réglementées, en l’occurrence du droit et du chiffre, ce n’est pas une volonté sortie du chapeau, c’est le sens de l’Histoire ! Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Italie… les chefs d’entreprise trouvent en un seul point d’entrée l’expert-comptable, l’avocat et le notaire. Ce service global doit être aujourd’hui proposé aux entreprises françaises qui ont besoin de réponses rapides, concertées, coordonnées et de qualité. 

Certaines professions réglementées, les notaires notamment, refusent l’interprofessionnalité parce qu’elles la craignent. J’ai envie de les rassurer en leur disant ‘‘nous sommes dans le un plus un qui donne trois ou quatre, pas zéro’’ ! Quand un notaire ou un avocat rejoint un expert-comptable, nous générons du chiffre d’affaires supplémentaire auprès de nos clients respectifs. Je veux pouvoir proposer de s services sur la gestion et la fiscalité du patrimoine, sur la fiscalité de la transmission d’entreprise… De son côté, le notaire ou l’avocat va pouvoir apporter à ses clients tous les services des experts-comptables, tant dans la production de l’information financière que dans le financement de l’entreprise, la gestion de crise, etc.

Ces relations «gagnant-gagnant» créent de la valeur, de la qualité et de l’efficacité.

« L’expert-comptable est le tiers de confiance de l’économie nationale. »

A.-P. : La loi Macron semble souhaiter étendre votre champ d’action en matière de droit ? 

S. C. : Ce n’est pas aussi évident… Nous continuerons à pratiquer le droit à titre accessoire. Pour nous experts-comptables, le «full service» implique bien évidemment un étroit partenariat avec les autres professions réglementées.

Néanmoins, l’expert-comptable est tout à fait apte à répondre à certains besoins de droit des entreprises, à titre accessoire de mission principale. Ils le font d’ailleurs très bien, du secrétariat général des sociétés à l’assemblée générale annuelle. En revanche, dès lors que nous nous trouvons face à des situations complexes et spécifiques du droit ou pour répondre à la représentation devant les tribunaux, les avocats doivent intervenir. 

Je suis donc pour légitimer, comme le propose la loi Macron, les actes juridiques accessoires. Je suis, en revanche, pour des réponses concertées avec les professions du droit, dans le cadre d’une interprofessionnalité d’exercice.

A.-P. : D’autres professions réglementées sont moins enthousiastes que vous…

S. C. : Je peux entendre et comprendre les craintes des uns et des autres. Mais mon rôle, c’est de dire ‘‘N’ayez pas peur. Venez nous rejoindre…’’ Il n’y aura pas d’effets de cannibalisation. Au contraire, l’interprofessionnalité va doper le chiffre d’affaires de nos cabinets et nous allons beaucoup gagner en termes de crédibilité. Nous allons surtout nous adapter à une économie qui est, a minima, européenne et de plus en plus globale. Si on ne le fait pas, des cabinets anglais ou allemands vont faire florès en France pour offrir des services globaux à nos clients. Aujourd’hui, nous sommes obligés de nous adapter. La loi Macron est enfin la réponse du législateur correspondant à une économie globalisée

A.-P. : Les avocats sont surpris que la loi Macron ne leur octroie pas la réciprocité en matière de chiffre…

S. C. : Pourquoi les avocats devraient-ils faire de la comptabilité ? Ils n’en ont jamais fait et ont d’autres compétences que nous n’avons pas ! Ce n’est pas le sujet… La réalité c’est que nous faisons face à une demande de marché… Qui plus est, nous avons fait huit années d’études avec une formation en droit aussi importante qu’un Master 2. Nous sommes donc complètement légitimes à accomplir les premiers services du droit. Comme le principal est devenu plus large, l’accessoire l’est du même coup.
Voilà où résident les craintes des avocats. 

Dans la réalité, nous travaillons tous les jours ensemble. Mes principaux partenaires professionnels sont des avocats. Quand je reçois un nouveau client, dès la première réunion, je convie l’un de ces avocats. C’est la réalité de marché, la réalité de demande de nos clients ! 

Prenons une entreprise en difficulté. Je connais bien ce sujet puisque c’est ma spécialité. Les clients arrivent, souvent trop tard. Nous n’avons pas cent jours devant nous. Il faut aller très vite… Avec mes partenaires avocats, nous travaillons ensemble, nous répondons ensemble, avec des honoraires concertés. C’est un véritable travail d’équipe.

A.-P. : Vous pensez que des amendements vont venir atténuer ces mesures ?

S. C. : C’est possible, mais cette loi va passer, d’une façon ou d’une autre. Il va donc bien falloir enterrer la hache de guerre et vivre avec… Que ceux qui ne veulent pas s’associer avec des experts-comptables, des avocats ou des notaires, ne le fassent pas. Mais que ceux qui souhaitent le faire et répondre au marché de cette façon, le fassent avec enthousiasme ! 

Le problème de notre économie, c’est que nous nous sommes trop longtemps bercés d’illusions. À tel point que nous avons laissé passer la troisième révolution industrielle. Aujourd’hui, nous essayons de rattraper le temps perdu avec des hommes d’action comme Xavier Niel, capable de créer le plus grand incubateur du monde dans la Halle Freyssinet. Nous espérons d’ailleurs être bientôt ses partenaires… 

Quand nous essayons de relancer tant bien que mal un outil de production dépassé, coûteux, au lieu de nous concentrer sur les technologies d’avenir, nous mettons en péril les vingt prochaines années. C’est la même chose pour les professions réglementées et c’est pour cette raison qu’Emmanuel Macron apprécie notre sens de l’anticipation. Il a vu que notre profession s’est posé les bonnes questions. Depuis longtemps, nous avons suivi les évolutions du marché, nous avons anticipé l’Europe et la demande de nos clients. Nous nous sommes réformés et, à présent, nous allons créer l’Europe de l’expertise comptable et l’Europe fiscale, comme le précisait dernièrement le nouveau président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, Philippe Arraou. Les professions qui ont peur vont se replier sur elles-mêmes et mourir. On ne peut pas refuser le sens de l’Histoire, c’est comme ça !

A.-P. : Le sens de l’Histoire est donc à vos yeux le sens de l’union des professions réglementées ?

S. C. : Unis, nous serons plus forts pour affronter la concurrence mondiale, pour faire en sorte que nos entreprises grandissent et que ce pays retrouve la croissance. Nous devons évoluer. Depuis que je suis arrivé à la présidence de l’Ordre des experts-comptables de Paris - Île-de-France, je réfléchis à la réforme de l’institution, de son fonctionnement, pour la rendre plus efficace. Nous devons optimiser nos politiques publiques et nos pratiques professionnelles. Il faut avancer sans trop regarder dans le rétroviseur, même si ce dernier est porteur d’enseignements.

A.-P : Les experts-comptables constituent le premier soutien des TPE et PME… Comment les accompagnez-vous pour les aider à sortir de la situation difficile dans laquelle elles sont aujourd’hui ?

S. C. : Oui, nos TPE et nos PME sont en crise. Cette dernière est profonde, non seulement liée à la grave dépression financière de 2008, avec la chute de Lehman Brothers et les subprimes. C’est une crise plus profonde avec des entreprises françaises aux modèles économiques souvent dépassés. Face à cette situation, depuis maintenant deux ans, nous avons décidé de former nos experts-comptables à la gestion de crise. Nous leur donnons les outils pratiques pour administrer les premiers soins aux entreprises en difficulté. Nous avons par ailleurs créé pour ces professionnels un site gratuit (www.sosgestiondecrise.fr). À partir de quelques questions simples, il est possible d’identifier des profils d’entreprises en danger et de trouver les mesures à mettre en œuvre. L’expert-comptable peut également télécharger les matrices des documents lui permettant de saisir les services concernés. Le site propose également la liste exhaustive des coordonnées des interlocuteurs des CCSF pour chaque département. Même chose pour les procédures de préventions, le mandat ad hoc, la conciliation et les procédures collectives. 

Nous avons également créé une formation «gestion de crise», dispensée par notre institut régional de formation. Celle-ci a lieu une ou deux fois par an, au sein du tribunal de commerce de Paris, dans l’une des salles d’audience. Cette formation originale est animée par un juge consulaire, un expert-comptable et un commissaire aux comptes. 

La deuxième réponse de l’Ordre est également d’éduquer nos confrères au financement de l’entreprise, pour qu’ils deviennent des conseils financiers parlant la langue financière. Nos entreprises ont besoin de financements. En appliquant la même logique, nous avons créé des campagnes d’information et une formation en partenariat avec l’Afic, l’Association française des investisseurs en capital, qui va dispenser le B-A BA du financement : Qu’est-ce que le financement en fonds propres ? En dette ? En obligations ? En mezzanine ? Nous préparons par ailleurs un site dédié où les experts-comptables trouveront les outils téléchargeables pour présenter un dossier de financement à un banquier.

Nous préparons aussi, comme chaque année, nos universités d’été, programmées dans les premiers jours du mois de septembre et qui vont réunir quelque 5 000 visiteurs. Lors de chaque édition, nous traitons une thématique particulière. En 2014, nous avons abordé le financement, avec la participation d’économistes, de grands banquiers, de fonds d’investissement… En 2015, nous avons choisi l’innovation comme fil rouge. Nous voulons apprendre à nos confrères à accompagner une start-up, ou un porteur de projet, pour que cette communauté des «french» entrepreneurs soit proche de celle des experts-comptables.

Troisième initiative concernant le financement : conclure un partenariat avec une plateforme de crowdfunding «actions», Anaxago, pour y déposer les dossiers de nos clients. Au niveau national, nous avons, par ailleurs, signé des accords avec une autre plateforme, Lendopolis, créée par le fondateur de Kiss kiss bank bank. Pour nous, le crowdfunding représente une solution importante en matière de financements désintermédiés pour aider nos PME à construire une économie d’avenir. 

A.-P. : Toutes ces actions dépassent largement le cadre traditionnel de l’expertise-comptable…

S. C. : Pour résumer toutes ces actions, il y a un maître mot : l’expert-comptable d’affaires. Les avocats l’ont mieux compris que nous. C’est ainsi qu’ils ont capitalisé sur la croissance de nos entreprises. Voilà une marque à laquelle je crois et que je veux développer. L’expert-comptable doit être l’homme d’affaires de l’entrepreneur. 

«La loi Macron va passer, d’une façon ou d’une autre. Il va donc bien falloir enterrer la hache de guerre et vivre avec… »

A.-P. : Vous vous intéressez également à la transmission d’entreprise ?

S. C. : Bien sûr. L’Ordre des experts-comptables de Paris - Île-de-France, comme les Compagnies des commissaires aux comptes de Paris et de Versailles, considèrent que la transmission d’entreprise est une véritable préoccupation dans notre pays. Pour les entreprises matures de taille importante, ces cessions sont organisées par les banquiers d’affaires. En revanche, pour les TPE - PME, c’est souvent le drame. Que se passe-t-il ? Un chef d’entreprise a travaillé toute sa vie et, au moment de prendre sa retraite, ne trouve pas de repreneur. Alors, il ferme parce qu’il est très difficile d’aller trouver seul un acquéreur potentiel. L’expert-comptable doit être capable d’organiser cette transmission. D’abord parce qu’il connaît bien cette entreprise et qu’il a sans doute, parmi ses autres clients, des entrepreneurs susceptibles de reprendre cette affaire. Il suffit d’éduquer nos confrères. C’est ce que nous faisons notamment à travers les Journées de la transmission d’entreprises dont nous organisons cette année la quatrième édition. 

Nous réfléchissons aussi à la création d’un outil d’intermédiation, notamment une plateforme, pour donner à nos experts-comptables les moyens de la transmission. Nous devons fluidifier ce marché et faire valoir l’idée que la croissance externe est l’un des ressorts de l’économie. Nous devons accompagner ce phénomène. Nous en avons la responsabilité sociétale, pour sauver aussi le maximum d’emplois. C’est notre rôle, nous devons l’assumer. J’entends certains confrères dire ‘‘c’est difficile parce que nous allons perdre le client’’ Bien au contraire, ce sont des missions intéressantes, non seulement financièrement en tant que conseil, mais également du fait de la possibilité de pérenniser notre lien avec l’entreprise en la guidant pour une opération de cession-reprise réussie.

A.-P. : Au niveau de l’Ordre régional, quelles vont être vos actions et vos priorités ?

S. C. : Je pense que notre déontologie est une valeur forte de notre signature, de notre engagement pour l’économie. Je veux donc déployer tous les moyens possibles et imaginables pour permettre à mes confrères de mieux vivre le cadre réglementaire de notre profession. Je vais les accompagner en créant des permanences pour les aider à suivre la déontologie, les contrôles qualités, la formation… non pas comme des contraintes, mais comme une opportunité de promouvoir la profession d’expert-comptable. 

Le deuxième axe fort est la formation. Je crois que nous créerons les experts-comptables d’affaires en mettant en place des formations spécifiques adaptées aux besoins des entreprises. Nous disposons d’un institut de formation, l’Asforef, qui est d’ailleurs le plus grand centre de formation régional de France. Nous voulons nous servir de ce tremplin pour renforcer les compétences de notre profession.

Le troisième axe de travail est d’accompagner nos confrères pour qu’ils puissent dispenser de plus en plus de conseils à forte valeur ajoutée, sur la gestion de crise, le financement, l’innovation... Je veux créer pour eux de nouveaux outils pour leur permettre de transformer ces conseils en chiffre d’affaires. Je veux que cela aboutisse à la croissance des cabinets d’expertise-comptable. Je sais que c’est un objectif ambitieux.

Quatrièmement, je pense que notre profession, comme beaucoup d’autres, fait l’objet de plagiats à travers l’exercice illégal. Ce n’est pas un sujet corporatiste, mais un enjeu d’assainissement de notre économie. Ces illégaux, qui n’ont pas de formation, d’assurances, de déontologie, ou encore de contrôle qualité, ont dépassé la limite du droit. Ce sont des hors-la-loi qui n’hésitent pas à adopter des comportements voyous qui peuvent aller jusqu’à l’escroquerie. Nous sommes parallèlement largement engagés sur Tracfin et la mise en place de la norme blanchiment. 

Enfin, je ne serais pas complet si je n’évoquais pas le sujet de l’attractivité en disant aux jeunes talents de venir vers une profession en pleine mutation qui est un des fleurons de la finance d’entreprise.

A.-P. : Et concernant plus spécifiquement le fonctionnement de l’Ordre ?

S. C. : Je veux que mes confrères s’approprient l’Ordre. Nous ne sommes pas là pour ponctionner des cotisations. L’Ordre, c’est chez eux. C’est leur maison et je me dois de leur donner davantage de services. Nous allons, par exemple, créer un bureau-structure, avec ses permanents, qui vont leur permettre d’être reçus quand ils le souhaitent pour partager des préoccupations comme la transmission des cabinets, un marché que nous voulons également fluidifier en interne. Nous allons également leur mettre à disposition une direction juridique forte et faciliter l’insertion de jeunes brillants au sein de nos cabinets. La gestion des profils à haut potentiel est un vrai sujet pour développer nos nouvelles missions. »

Cette approche pragmatique, contemporaine, optimiste, de la profession d'expert-comptable, est à l'opposé de celle des notaires et de leurs instances représentatives : immobiliste, réactionnaire, nostalgique d'une époque révolue, obstinément arc-boutée sur le très fragile monopole de l'immobilier, …

La vision et les projets des responsables de cette autre « profession réglementée », tournée vers l'interprofessionnalité avec des cabinets réunissant des experts-comptables, des avocats et des notaires, comme cela existe déjà dans les démocraties les plus avancées, devrait inciter les diplômés notaires empêchés d'exercer leur profession par le statut des notaires antérieur à la réforme Macron et des instances professionnelles déconnectées de la société, à se tourner vers les cabinets existants d'avocats et d'experts-comptables pour créer et développer, en appui sur la clientèle existante de ces cabinets, un service « notaire » (acte authentique, publicité foncière, successions, patrimoine, ...).

Cette voie de « l'interprofessionnalité » semble plus viable que la création ex nihilo d'une étude de notaire dans un schéma professionnel déjà dépassé selon la vision commune des experts-comptables et, semble-t-il, du ministre de l'Economie !

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CREDULE 24/03/2015 20:05

L’interprofessionnalité au sein du notariat relève d’une véritable gageure. La compréhension de l’utilité de cette forme d’exercice sous tend que l’ensemble des programmes professionnels – stages professionnels – soient entièrement revus par l’adjonction d’un véritable module de pratique interprofessionnelle par la compréhension des cultures d’entreprises propres à chacune des spécialités de base des métiers de notaires – d’avocats et d’experts comptables et commissaire aux comptes.
A défaut l’on ne pourra assister, à l’instar des comportements de beaucoup de professionnels au sein du notariat, et jeunes « formés et formatés intellectuellement et professionnellement » à l’exclusion de principe d’un tel choix.
L’interprofessionnalité c’est d’abord une culture de réciprocité dans l’information à destination de l’entreprise, le choix d’une expression commune nécessitant un apprentissage effectif de la vision d’une problématique économique où l’ensemble des professionnels doivent impérativement disposer d’un socle commun de connaissances juridiques, économiques et financières.
Les spécialités propres à chacun des professionnels venant renforcer l’efficience et originalité d’une solution commune au service de l’entreprise.
Si le Notariat a la culture des problématiques familiales, il ne l’a guère de celle de l’entreprise. Tout l’enseignement divulgué étant assez abstrait en la matière. Quant aux stages professionnels ils ne permettent en pratique aucune ouverture d’esprit susceptible d’orienter en ce sens sauf quelques volontaires avides de s’inscrire dans une telle démarche.
Aussi comprend on mieux la position des membres de nos instances professionnelles, ainsi que bon nombre de notaires dont ils ne perçoivent nullement, et comment le pourraient ils d’ailleurs, le moindre intérêt si ce n’est sous le prisme d’une confusion profonde d’une submersion des principes de common law sur ceux du droit latin.
Il serait préférable d’apprivoiser les principes de common law pour mieux faire prévaloir ceux de notre droit latin. Or refuser l’interprofessionnalité c’est amplifier à terme l’invasion de notre système juridique par les principes de common, car comme la nature a horreur du vide, les professionnels du chiffre s’affranchiront à terme des demandes faites auprès des notaires pour se retourner vers d’autres professionnels qui eux intégreront dans leur processus de réflexion des normes qu’ils jugeront plus en harmonie de leur pratique professionnelle au sein des évolutions à l’échelle de l’Union Européenne : et ce sera le droit de common law. Et à n’en pas douter, le chemin sera tout tracé pour les futurs de notaires de demain, ils deviendront de la sorte les « esclaves » du glissement d’un système juridique vers un autre système juridique imposé par leurs « aînés » trop aveuglés par la profonde incompréhension qu’ils eurent de leur environnement économique et social.
Et là, ces jeunes notaires, maudiront les effets du monopole sur lequel s’étaient arc-boutés leurs « aînés », car ils seront devenus, ce que certains notaires prédisaient dans les années 1955, lors du vote du décret sur le monopole immobilier, une profession entièrement marginalisées sur de simples tâches techniques.
La position des experts comptables est louable et tant qu’ils nous tendent une perche, il faudrait avoir l’intelligence de la saisir. Cela ne va pas durer une éternité….

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