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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 09:35
LES REFLEXIONS D'UN DN

Un correspondant nous fait suivre ces interessantes réflexions d'un DN :

https://blogs.mediapart.fr/bertrand-celma/blog/050117/pour-les-generations-de-diplomes-notaires-venir

"Pour les générations de diplômés notaires à venir

5 JANV. 2017 PAR BERTRAND CELMA BLOG : LE BLOG DE BERTRAND CELMA

Quelques idées cogitées ces derniers jours, en réaction au véritable cauchemar que vivent actuellement de nombreux diplômés notaires : leur possibilité de s’installer est conditionnée à un jeu de hasard, à l’issue sans cesse différée. Une réforme nébuleuse, fruit de multiples tractations / rebondissements subséquents, et qui s’étale depuis..bientôt 3 ans.

Afin d’éviter absolument ce pathos aux futures générations de diplômés notaires (et indirectement à l’ensemble du notariat de demain), deux pistes :

1ère piste : Inciter les responsables de nos formations respectives à jouer franc-jeu dès le départ, en particulier à l’Université.

Les diplômés notaires sont trop nombreux, c’est l’évidence. Qu’ils alertent sur le fait qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde, loin de là. Bien préciser que la majorité d’une promo ne sera pas notaire, mais clerc de notaire (c’est un métier respectable, mais c’est un autre métier). Le diplôme dans notre République est censé être la promesse d'un avenir meilleur, encore faut-il la tenir. Cesser les discours dithyrambiques sur la « voie royale » (c’est ça, et avoir le diplôme de notaire c’est faire partie de l’élite de la nation, c’est bien pour ça que tant d’étudiants rebondissent les doigts dans le nez en DSN après avoir planté sévèrement médecine). Admettons-le, nous ne sommes pas une denrée rare.

Il faut aussi être transparent vis-à-vis des étudiants sur l’existence d’un « lumpen notariat » avec des salaires déphasés par rapport au taux horaire, à l’investissement professionnel, à la pression quotidienne et au nombre d’années d’étude (dont le financement peut par ailleurs s’avérer complexe pour beaucoup d’entre nous).

Il y a bien sûr des exceptions, de belles réussites liées à la compétence et / ou au réseau et aux affinités, ou encore des concours de circonstances singuliers (on peut évoquer la nomination en masse de notaires salariés depuis quelques mois, une des seules réelles avancées concrètes à ce jour de la loi Macron). Mais cela reste conjoncturel, et non structurel : ça ne suffit pas à absorber la « production » trop conséquente de diplômés. D’autant plus que désormais, les quelques places attribuées jusqu'ici par concours n'existent même plus.

Quoiqu’il en soit, il faut cesser d’envoyer du rêve à la fac (« Quand vous serez notaires ») et de diplômer des notaires, dont beaucoup seront légitimement frustrés par la suite. Le statut de la profession attire incontestablement, et il est intellectuellement délicat d’espérer en bénéficier tout en souhaitant qu’il change en profondeur.

Mieux vaut revaloriser d’urgence les cursus de clercs, plus conformes à la demande réelle des employeurs. Et arrêter avec les Diplômés Notaires rémunérés C1 et préposés aux formalités préalables…

Il suffit d’analyser rétrospectivement le devenir de nos camarades de promotions pour se convaincre qu’il a un malaise, sans parler des reconversions douloureuses (le diplôme de notaire peut aussi être une trappe) après tant d’années d’expérience : quel gâchis ! Beaucoup trop de diplômés quittent la profession, sans bruit.

Nous sommes par exemple quelques uns à avoir choisi cette voie avec l’idée -entres autres- d’accéder à une certaine indépendance, hors du salariat. Cette belle idée du « juriste indépendant de proximité ». Et, des années plus tard, à ne percevoir qu’un horizon de collaborateur ad vitam eternam (ce qui peut bien entendu aussi convenir à nombreux d’entre nous, ce n’est pas un jugement).

L’espoir, est le pire des maux, car il prolonge la souffrance de l’Homme : trop d’entre nous donnent tout, année après année, pour au final une stagnation en règle. Se retourner, et constater qu’ils ont cramé tant de temps et d’énergie certes pour une productivité et une rentabilité conséquentes, mais humainement pas si consistante.

Evitons ça aux suivants, d’autant que oui, nous le constatons régulièrement  -avec énervement- auprès de nos entourages : à investissement équivalent, il est tout à fait possible que l’herbe soit plus verte hors de Collaborateur d'Office Notarial. Un peu de douceur de vivre, ça existe aussi. Ceux qui sont dans le déni devraient réaliser que voir sa collègue en larmes n'est pas une évidence au sein du monde du travail.

2ème piste : Opter pour des processus de sélection plus stables et pérennes que ceux que l’on subit actuellement.

A titre personnel, je rêvais que soit imposé un concours méritocratique mais pour tous, sans exception, avec attribution d’office pour les lauréats, comme cela a lieu en Alsace-Moselle. Au-delà de l’objectif évident de justice sociale, c’est aussi la solution qui permettrait de pondérer, par la ventilation géographique, cette tendance à la concentration à l'oeuvre bien avant la loi Macron.

Car cette concentration est préjudiciable pour nos concitoyens, notamment âgés, ne vivant pas dans des zones considérées comme attractives (je dis bien « considéré comme », car, pour ma part, j’ai toujours eu la France rurale au cœur !).

En cela, c’est une réponse crédible au délitement du maillage territorial, largement entamé avant la réforme, mais aggravé en particulier par les possibilités de transfert.  C’est aussi une solution qui permettrait de conserver ce notariat qui, je pense, est cher à la plupart d’entre nous.

Il ne faut pas mettre en avant le service public de proximité uniquement lorsque la profession est menacée.

*La liberté d’installation encadrée (oxymore intenable, qui donnait le ton de la situation actuelle) a abouti, à force de tractations dont certaines nous dépassent probablement, à ce Tirage Au Sort à peine amorcé déjà suspendu. Et c’était certainement l’objectif à atteindre. Et tant pis pour ces milliers de candidats qui ont perdu du temps, de l’énergie, et sont en train de voir leurs espoirs d’installation douchés. 

Quant à la liberté d’installation totale, il faut admettre qu’elle génèrerait une profession différente de celle que nous connaissons, et que nous nous battons pour intégrer. A titre de comparaison, qui peut nier le statut de moins en moins enviable des avocats : concentration au sein des gros cabinets, proportion scandaleuse de smicards bac + 7,  collaborateurs cumulant les inconvénients du salariat (subordination) et de l’indépendant (absence de protection / charges).

Dans cette hypothèse, ce sont seulement les meilleurs (compétence - réseau) qui s’en sortiraient, loin des chiffres d’affaires record des notaires type année 2016. Car quand la profession réglementée tombe, le « struggle for life » appliqué au vulgum pecus survient.

Comme pour les autres professions libérales, la régulation se ferait toute seule.

Nous sommes certainement nombreux à avoir une haute estime de nous mêmes et de nos compétences, mais enfin pour beaucoup cela équivaudrait à un atterrissage en règle d’être confrontés à un vrai libre marché. C’est la raison pour laquelle la profession s’efforce par tous moyens d’éviter cette réalité aux notaires installés.

*Bref, par-delà les effluves des débats byzantins liés à cette réforme, si on est un peu honnête -et empathique- on peut aussi accepter une réalité aussi triviale que classique : chacun poursuit plus ou moins son intérêt. Et le notariat est plus divers qu’il n’y paraît.

Faisons l’effort de nous mettre tous un peu les uns à la place des autres :

-  un notaire qui a eu le concours est légitimement emm*rdé à l’idée que quelqu’un de tiré au sort puisse se pointer à côté de lui,

- un notaire rural est légitimement outré par l’écrêtement du tarif et rétif à l’évocation d’une liberté d’installation (c’est le malthusianisme qui maintenait l’attractivité de son étude),

- un jeune -ou moins jeune- notaire installé fraîchement endetté peut légitimement sortir de ses gonds par un changement des règles en cours de jeu

- un notaire associé d’une société musclée, qui a les moyens de jouer l’extension d’activité, fera tout pour consolider opportunément ses positions en candidatant de façon musclée au TAS

- un diplômé notaire sur la touche essaiera légitimement de s’installer si l’occasion lui en est donnée en candidatant également.

- Par ailleurs, contrairement à l’idée reçue, l’intérêt d’un collaborateur diplômé ne se confond pas systématiquement avec celui d’un collaborateur non diplômé, qui peut légitimement être inquiété par une réforme et privilégier le statut quo.

- Sans oublier tous ceux qui souhaitent simplement qu’on leur foute la paix, car voilà qui n’arrange pas l’ambiance dans les études !

- Et au sein même des DN qui ont candidaté, quel point commun entre celui qui murit un projet d’entreprise depuis des années et soutient l’idée d’une réforme depuis le départ, celui attentiste qui se met en position de fœtus et qui espère que les autres feront le taf pour lui, celui qui dissimule / tient un double discours depuis 2 ans en rêvant de s’installer via la loi Macron tout en brandissant des pancartes contre, celui qui candidate sans aucune expérience, celui qui candidate sur commande, celui opportuniste qui candidate dans l’urgence sans réflexion…ce n’est pas parce qu’on est DN qu’on est d’une blancheur immaculée, et pas parce qu’on est installé qu’on est un affreux jojo , loin de là.

Tout cela pour avoir finalement un % infime de chance de réussir, jouer sa vie pro sans aucune maîtrise de rien.

Il est de notre devoir d’éviter absolument ce type de situation -édifiante- à ceux qui marcheront dans nos pas.

*Quant à la question toujours épineuse des « fils et filles de », il y a quand même un point sur lequel la mauvaise foi est aussi souvent de mise : si demain je parviens à m’installer, que mon enfant souhaite pérenniser l’activité, et que cela m’est permis, et bien j’essaierais… de lui céder mes parts.  CQFD.   

*En définitive, oui il faut tenter de sanctuariser une unité de la profession, ne pas se monter les uns contre les autres, d’autant que nous sommes interdépendants au quotidien, et qu’en réalité si vous inter-changez les rôles et les personnes, les attitudes seraient probablement les mêmes dans des situations identiques.

Mais nous avons tous cette tendance à oublier l’adage indiquant sagement de « se mettre à la place des autres ». Ca s'appelle l'empathie.

D’un point de vue de la justice sociale (si si), il faudrait juste que chacun, à mérite égal, puisse trouver sa modeste place. Sans avoir à compter uniquement sur l'entregent,  la chance ou les concours de circonstances. Et éviter à la nouvelle génération de subir, de cette bien triste façon, avec une grande anxiété, son avenir professionnel.

« Bon courage » à tous pour 2017. Et pour les années suivantes."

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commentaires

Mister X 06/01/2017 19:34

Plusieurs remarques :

1°) Les DN ne sont pas trop nombreux eu égard aux engagements du CSN et encore moins par rapport aux objectifs de libéraliser à terme la profession.

2°) Un concours est méritant lorsqu'il sélectionne les meilleurs professionnels (et non des moutons hydrocéphales).

3°) D'après le rapport assez fourni de l'ADLC, les zones carencées ne sont pas en campagne mais dans les grandes villes. Les seniors peuvent donc dormir tranquilles.

4°) En admettant qu'un jour tous les notaires puissent s'installer dans la zone de leur choix, la réalité économique imposera nécessairement une répartition sur tout le territoire.
J'ajoute pour ceux qui prendraient l'exemple des médecins, que ces derniers sont mal répartis car l'Etat, par un numerus clausus ridicule, a fortement limité leurs nombres ce qui leur permet d'exercer où ils veulent sans aucun concurrence.